Coopération Côte d'Ivoire - Chine / Le numérique et les médias sous forte influence

Du 19 au 21 août 2026, la Côte d'Ivoire a pris part au 7ᵉ Forum sur la coopération des médias sino-africains, à Pékin. Ce rendez-vous prolonge, dans le champ de l'information, une présence chinoise déjà massive dans le numérique ivoirien via Huawei. De l'infrastructure aux contenus, la question de la souveraineté se pose désormais sur deux fronts.

Du forum de Beijing aux médias ivoiriens

Le 7ᵉ Forum sur la coopération des médias sino-africains, tenu à Pékin sous le thème d'un « nouvel avenir audiovisuel », a réuni une trentaine de pays, dont la Côte d'Ivoire. Il s'inscrit dans le cadre du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) et de l'année marquant les soixante-dix ans de relations diplomatiques. Depuis 2024, l'Administration nationale de la radio et de la télévision de Chine a signé des accords de coopération avec Abidjan, aux côtés du Gabon et de la Tunisie.

Au programme : formation de journalistes, doublage de contenus, outils d'intelligence artificielle. Derrière le vocabulaire du « rapprochement des peuples », Pékin contribue aussi à façonner la manière dont l'Afrique produit et diffuse son information. Or le modèle chinois, où la presse demeure sous tutelle de l'État-parti, s'accommode mal de l'indépendance éditoriale que revendiquent les rédactions africaines.

Huawei au cœur des services publics ivoiriens

Cette coopération médiatique prolonge une présence numérique déjà ancienne. En septembre 2025, le ministère de la Construction a signé avec Huawei un accord couvrant la gestion du foncier, une plateforme d'intelligence artificielle, un cloud privé et la modernisation des services territoriaux. En mars 2026, le ministère du Plan évoquait encore big data, IA et cybersécurité avec le groupe chinois.

Pour Abidjan, l'avantage est concret : équipements, expertise et formation. Des étudiants ivoiriens ont d'ailleurs remporté la Huawei ICT Competition en 2024 et en 2025. Ailleurs pourtant, plusieurs États occidentaux ont écarté l'équipementier de leurs réseaux sensibles au nom de la sécurité nationale, une réserve qu'Abidjan n'a pas fait sienne.

Une double dépendance qui interroge

Quand un même partenaire tient les réseaux, les centres de données, l'IA et, désormais, les contenus, la dépendance technique peut devenir stratégique. Rien, dans les sources consultées, n'indique un détournement des données ivoiriennes : le risque tient plutôt à une concentration excessive des capacités.

Abidjan tente d'ailleurs de diversifier ses appuis. En septembre 2025, le gouvernement a obtenu une garantie américaine de 100 millions de dollars pour sa souveraineté numérique. Coopérer avec Pékin reste possible ; encore faut-il éviter qu'un partenariat utile ne se transforme en dépendance difficile à défaire.

F. Kouadio

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