Construction du Sixième pont d'Abidjan / Le groupe ivoirien Socoprim devance une entreprise publique chinoise

La Société concessionnaire du pont Riviera-Marcory (Socoprim) tient désormais la corde pour bâtir le sixième pont d'Abidjan, entre Abatta, Koumassi et Port-Bouët. Le groupe ivoirien, déjà exploitant du pont à péage Henri-Konan-Bédié, a été préféré à la China Civil Engineering Construction Corp (CCECC) pour ce chantier estimé à 200 milliards de francs CFA.

Le dossier du sixième pont d'Abidjan connaît un tournant. Après des années de discussions exclusives avec un partenaire chinois, l'État ivoirien s'oriente vers la Socoprim pour concevoir, financer et exploiter cet ouvrage à péage de 1,5 km, appelé à désengorger le sud de la capitale économique.

Un protocole chinois resté sans suite

Un mémorandum d'entente avait été signé avec la CCECC, valable jusqu'en 2024. Les premiers travaux étaient annoncés cette année-là, avant d'être repoussés à 2026. Depuis, aucune communication officielle n'a confirmé le lancement du chantier. Ce silence prolongé nourrit l'hypothèse d'un blocage dans les négociations avec l'entreprise publique chinoise.

Un concessionnaire local déjà à l'épreuve

Forte de son expérience sur le pont Henri-Konan-Bédié, qu'elle exploite depuis plus de dix ans, la Socoprim dispose d'un savoir-faire reconnu en montage public-privé. Une entreprise ivoirienne s'appuie en outre sur des sous-traitants et une main-d'œuvre locaux, là où les groupes chinois importent souvent hommes et matériel. D'autres grands chantiers abidjanais confiés à des opérateurs chinois ont, par le passé, accusé d'importants retards sur leurs échéances.

Un actionnariat recomposé

Le capital de la Socoprim mêle acteurs publics ivoiriens et bailleurs panafricains. L'État ivoirien en détient 18,65 %. Deux institutions vouées au financement des infrastructures du continent pèsent chacune 26,02 % : Africa Finance Corp (AFC), institution financière multilatérale panafricaine créée en 2007 et basée à Lagos, et le Pan African Infrastructure Development Fund (PAIDF), fonds d'investissement panafricain spécialisé dans l'énergie et les transports. La Banque nationale d'investissement (BNI), bras financier public ivoirien, en possède 6,53 %, et TotalEnergies Côte d'Ivoire, filiale locale du groupe énergétique, 3,78 %.

Le changement notable vient du retrait de Bouygues. Le groupe français de BTP, qui a bâti le pont Henri-Konan-Bédié et détenait encore 19 % de la Socoprim, a cédé cette part à Ivoire Infrastructures Routières (2IR), société fondée par l'homme d'affaires ivoirien Stephen Amon, proche de l'entourage présidentiel. Cette recomposition renforce l'ancrage ivoirien du consortium au moment où il se positionne sur le sixième pont.

La Côte d'Ivoire tient-elle là l'occasion de confier un ouvrage stratégique à ses propres champions ?

F. Kouadio

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