Résilience économique / Cultures maraîchères et escargots pour croiser le fer contre le Covid-19

La voie Divo-Guitry (Côte d’Ivoire) distance de 43,4 km reste très praticable et favorise un trajet paisible et reposant jonché des nombreux cassis ou dos d’ânes qui ralentissent le long du parcours jusqu’au tronçon Guitry-Yocoboué (38,8 km), puis à la route ‘’la côtière’’. Une route fortement dégradée, on dirait qu’elle est interdite de circulation, à la fréquence presque inexistante de la circulation de véhicules de transport en commun. (Reportage 3ème partie)

Après ce ‘’boot camp’’ (entrainement intensif) constitué de plusieurs épreuves tels que de nombreux virages monstrueux sur un sentier exigu et labyrinthique contenant de hautes collines à faire tomber le cœur dans le ventre. De grosses crevasses gorgées d’eau par les pluies diluviennes tombées sur la localité. Dans le paysage parsemé de gros arbres dans cette forêt ombrophile, localisé dans le département de Guitry et dans la sous-préfecture de Lauzoua, le village de Petit Dimbokro est composé de plusieurs communautés allogènes venues du centre de la Côte d’Ivoire. Elles sont venues faire fortune dans cet eldorado aux terres très fertiles.

Chants élogieux à l’endroit de l’Agence allemande de développement (GIZ) et de Fairtrade Africa, éclats de voix, salves d’applaudissements, mobilisation totale… C’est dans une ambiance euphorique et conviviale que la délégation a été accueillie. Des visages rayonnants de joie et de corps suintant de sueur… Une ferveur indescriptible !

Dans ce bourg encore incrusté dans la précarité, car ne bénéficiant ni d’eau courante ni d’électricité, l’Association ‘’Les Braves femmes de Petit Dimbokro’’ a vu le jour en 2019, sous la houlette bienveillante de la SCOOPECO, une coopérative exerçant dans la filière cacao.

En trois (3) ans existence, l’association totalise cinquante (50) vaillantes femmes dont l’âge varie entre 26 et 50 ans. La vingtaine présente à cette rencontre, à vue d’œil, donnait un aperçu de ces femmes motivées et chauffées à bloc pour affronter les laborieux travaux champêtres.

Lire la 1ère partie : Reportage / Résilience économique Covid-19, le milieu rural ivoirien se réinvente pour survivre

« Au départ, la vie était difficile. Dans cette localité assez austère en raison de la mauvaise pluviométrie, rien ne nous réussissait. Il n’y a pas d’eau potable dans le village. On doit aller chercher de l’eau dans le marigot le plus proche pour nos ménages et alimenter nos cultures. C’est vraiment difficile. Ayant constaté nos obstacles journaliers à surmonter, la coopérative est venue à notre secours en proposant de nous fédérer en association, comme on dit l’union fait la force. On était dans une association préalablement mais elle a fait long feu à cause du manque de pluies. Auparavant, on avait comme activité génératrice de revenu le défrichage collectif dans les plantations. Parmi nous, certaines avaient des champs d’arachide. On a créé une plantation collective de manioc. On n’arrivait pas à joindre les deux bouts. On tirait le diable par la queue comme on dit », a relaté Dibi Ahou Thérèse, présidente de l’Association ‘’Les Braves femmes de Petit Dimbokro’’.

Avec un financement du projet Recover d’une valeur de 25 000 euros (16.000.000 Fcfa), cette association économique rurale a réalisé, selon sa présidente, l’achatiniculture, de l’agriculture maraîchère et des cultures vivrières. « Le choix de ces activités a été fait de façon consensuelle », a-t-elle justifié. Pour réussir son projet, l’association s’est attachée les services de l’Ong ‘’Act to do now’’ (Agir maintenant), qui a un technicien agricole du nom de Koffi Asseu Alfred pour piloter ses actions.

Lire la 2mre partie : Reportage Covid-19 / L’achatiniculture et la sylviculture pour résister contre la pandémie

Concernant l’activité de l’achatiniculture, Les activités du projet ont débuté en mars 2021 avec quatre-vingt (80) spécimens et jusqu’au mois de juin, il est enregistré quatre (4) éclosions respectivement de mille trois cent vingt-deux (1322) naissains et trois mille (3000) œufs. Sur un premier cycle de production d’escargots sur une période de deux (2) ans, avec un taux de réussite de 90%, ce sera un effectif de quarante mille (40 000) mollusques produits, dont cinq mille (5000) arrivés à maturité seront aptes à satisfaire les amateurs de limaçons dans tout le pays.

« Sur le marché national, le prix du kg d’escargot est de 3500 Fcfa (soit 5,4€), on s’attend à recevoir dans nos tire-lits une somme de 17.500.000FCFA (soit 26677€). Si on retranche de cette somme, le fonds d’investissement qui est 16.000.000FCFA (25 000€), notre bénéfice net sera de 1.500.000 Fcfa (soit 2287€) », a projeté Dibi Ahou Thérèse.

Dans l’immédiat, dira-t-elle, pour parer au plus pressé, il a été mis en place la deuxième activité du projet qui se déploie en deux phases à savoir le maraîchage composé de la production de choux, tomates sous serre, salades (laitue) et des produits vivriers tels que le gombo, l’aubergine et du piment.

Bien que le Covid-19 ait imposé des restrictions physiques réduisant la durée du travail, la baisse des revenus financiers, le ralentissement de l’activité, la venue du projet Recover a vivement soulagé ces femmes rurales qui, à en croire leur responsable, étaient au bord du précipice. Sauvées in extremis, dit-elle, elles l’ont été par le GIZ et Fairtrade Africa à travers ce projet salvateur qui a changé leur vie de morosité, d’angoisse en une existence pleine d’espoir, et marquée par la résilience économique, l’autonomie financière et des revenus additionnels qui pointent à l’horizon.

Lire la 4ème partie : Covid-19 en milieu rural / Le projet Recover Africa, une aide financière qui redonne espoir

« Le projet a radicalement changé ma vie et celles de mes compagnons. J’ai la paix du cœur. Ce projet nous a socialement réunies et désormais on s’entraide les uns les autres. Économiquement, on vise le même objectif pécuniaire à terme, après la vente de productions collectives. Même au niveau familial, il y a plus de sérénité et une entente conjugale, car mon époux sait que je peux dorénavant participer aux besoins de ma famille en rajoutant une ressource additionnelle » a soutenu avec véhémence la quinquagénaire, Dibi Ahou Thérèse.

A sa suite, Kouassi Akissi, veuve et conseillère au sein de l’association ‘’Les Braves femmes de Petit Dimbokro’’, a salué les bailleurs de fonds et les a rassurés du bon usage de sa part de bénéfice au terme de la campagne de production : « Si je reçois ma part de bénéfice après le projet, je vais scolariser mes enfants pour qu’il réussisse. Je n’ai plus de mari et je suis seule à m’occuper d’eux ».

Lire la 1ère partie : Reportage / Résilience économique Covid-19, le milieu rural ivoirien se réinvente pour survivre

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Par Patrick Krou

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