Langue et parole Agni / Une caravane pour sauver un patrimoine en perte de vitesse
- Publié le 11, sep 2026
- ARTS - CULTURE & DIVERTISSEMENT
Après le succès du premier colloque du Festival des Arts et de la Culture Agni (FESTAGNI), une grande campagne de sensibilisation s’annonce sur les routes du Sud-Bandaman, de Yamoussoukro, Toumodi et Djekanou.
La réflexion engagée autour de la sauvegarde de la culture Agni entend désormais franchir une nouvelle étape. Après le succès du premier colloque du Festival des Arts et de la Culture Agni, tenu le jeudi 20 août 2026, à Abidjan-Plateau autour du thème « La valeur de la parole en pays Agni », le Commissariat général annonce le lancement d’une grande campagne de sensibilisation consacrée à la promotion et à la transmission de la langue Agni. Cette campagne sous forme de caravane ira à la rencontre des communautés Agni établies dans plusieurs régions de la Côte d’Ivoire.
La première étape conduira la caravane vers les AGNI du Sud-Bandaman, dans la région de Grand-Lahou. Elle poursuivra ensuite son périple à la rencontre des communautés présentes dans la zone de Yamoussoukro, Toumodi et Djékanou.
Le commissaire général du FESTAGNI (à gauche) et le Dr Aka Aouélé en compagnie des Reine-mères
L’objectif visé par Eric Ané, Commissaire général du FESTAGNI est clair : sensibiliser les populations, particulièrement les jeunes et les familles, sur l’urgence de préserver l’usage de la langue Agni et de renforcer sa transmission d’une génération à l’autre. « On ne peut pas transmettre la valeur de la parole Agni sans transmettre la langue AGNI elle-même », dit-il. Pour l’initiateur de cette caravane, la problématique de la langue est indissociable de celle de la parole.
Cette conviction constitue le prolongement naturel du colloque du 20 août dernier. En effet, si la parole constitue un élément central de la culture Agni, la langue en est le véhicule essentiel.
Les contes, les proverbes, les récits historiques, les chants, les formules traditionnelles, les valeurs sociales et les enseignements transmis par les anciens trouvent leur pleine signification dans la langue qui les porte.
L’accueil du commissaire général du FESTAGNI lors de la 4e édition
Ainsi, la valeur de la parole en pays Agni est intimement liée à la vitalité de la langue. Lorsque la langue est parlée, transmise et comprise par les nouvelles générations, la parole demeure vivante. Mais lorsque la langue recule dans les familles et dans les communautés, c’est toute une partie du patrimoine immatériel qui se trouve fragilisée. C’est donc à cette urgence que veut répondre la caravane de sensibilisation du FESTAGNI.
Une dynamique impulsée par le colloque
Le colloque du 20 août 2026 a été un important cadre de réflexion sur la place de la parole dans la société Agni et sur les enjeux liés à la transmission culturelle. Placée sous le haut patronage du Dr Eugène Aka Aouélé, Président du Conseil Économique, Social, Environnemental et Culturel (CESEC), cette rencontre a réuni différentes composantes de la communauté culturelle et scientifique autour de la nécessité de préserver et de valoriser le patrimoine Agni.
Une vue de la caravane de la 3e édition du FESTAGNI à Adiake, dans le Sud-Comoé
Les échanges ont notamment mis en évidence la nécessité de ne pas limiter la sauvegarde de la culture à la conservation des objets, des danses ou des cérémonies traditionnelles. ‘’La langue elle-même doit être placée au cœur des politiques et initiatives de sauvegarde du patrimoine’’. C’est dans cette perspective que la caravane se veut un prolongement concret des réflexions issues du colloque. Au terme des travaux, plusieurs résolutions avaient été retenues pour sauver la langue et le patrimoine immatériel.
Toutes les communautés AGNI de Côte d’Ivoire concernées
Cette démarche prend également en compte la diversité des implantations du peuple Agni en Côte d’Ivoire ; qui appartenant au grand groupe culturel Akan est présent dans plusieurs régions du pays. On retrouve notamment les AGNI dans la région du Moronou, dans l’Indénié-Djuablin, le Sud-Comoé avec les AGNI Sanwi, ainsi que dans la région de l’Agnéby-Tiassa. Les AGNI du Bas-Bandaman, dans la région de Grand-Lahou, et les AGNI Bini Barabo font également partie de ce grand ensemble.
L’expression de la culture Agni Bini, Bona et Abongui lors du FESTAGNI 5 à Koun-Fao
Cette implantation géographique rappelle que la préservation de la langue Agni nécessite une mobilisation qui dépasse les frontières administratives des régions. Et, c’est tout le sens de la caravane annoncée. Avec cette campagne, le Commissariat général du FESTAGNI entend privilégier une démarche de proximité.
La caravane ira directement à la rencontre des communautés afin d’écouter les préoccupations, de sensibiliser les familles et de mobiliser les détenteurs de la tradition. Elle devrait également permettre de créer un dialogue entre les générations autour de la question de savoir « Comment faire pour que la langue AGNI continue d’être parlée demain par les futures générations ? » Cette approche rejoint l’une des principales conclusions du colloque ; à savoir la sauvegarde d’une langue ne peut pas se limiter aux institutions. Elle commence dans la famille et dans la communauté.
Une mobilisation pour une langue vivante
À travers cette caravane, le Festival des Arts et de la Culture Agni souhaite donc impulser une dynamique nouvelle autour de la promotion de la langue. Le message est à la fois simple et profond ; une langue qui cesse d’être transmise finit par s’éteindre. Or, avec elle des pans entiers de la mémoire collective peuvent disparaître.
Eric Ané en point presse au 1er colloque du FESTAGNI à Abidjan-Plateau
La sauvegarde de la langue apparaît donc comme une responsabilité collective. Parents, anciens, chefs traditionnels, enseignants, chercheurs, artistes, médias, pouvoirs publics et jeunes sont appelés à unir leurs efforts pour accompagner la Caravane du FESTAGNI. Car préserver la langue, c’est préserver la parole. Préserver la parole, c’est préserver la mémoire. Et préserver la mémoire, c’est donner au peuple Agni les moyens de rester pleinement connecté à son histoire tout en construisant son avenir.
La caravane est donc lancée. Avec elle, une ambition « faire de la langue Agni non pas une langue du souvenir, mais une langue vivante, parlée, transmise et valorisée par les générations présentes et futures », tel est le souhait, après 13 ans d’existence, du Commissaire général du FESTAGNI, Eric Ané.
Raphael Okaingni