Littérature et engagement / Viviane Montéomo, Editrice : « La lutte pour l’équilibre des genres ne peut pas être portée uniquement par les femmes »

Comme chaque année, ce dimanche 8 mars 2026 a été consacré à différentes célébrations, à l’occasion de la célébration de la Journée Internationale des Droits de la Femme. Ecrivaine engagée, l’auteure et éditrice Kouakou Viviane Épse Montéomo, Directrice Générale de ‘’Les Éditions Plumes de Maât’’ s’est prononcée sur les réels enjeux de la littérature en rapport avec les véritables combats de la gent féminine du 8 mars. Interview…

En tant qu’auteure et éditrice ivoirienne, pensez-vous que la littérature joue un rôle dans la lutte pour les droits des femmes ?

Toute femme écrivaine transmet, à travers ses œuvres, un message. Chaque texte porte une empreinte, même discrète, de lutte : pour l’émancipation, pour l’équité, pour l’autonomisation, pour la reconnaissance pleine et entière de la femme comme personne à part entière. La littérature n’est jamais neutre. Elle reflète nos réalités, nos combats, nos aspirations. Et dans notre contexte ivoirien et africain, écrire, c’est déjà prendre position.

Pensez-vous que le message soit aujourd’hui suffisamment clair et audible ?

Le message doit encore être renforcé. Il avance, il circule, mais il doit continuer à être porté avec constance. Nous devons persévérer. C’est pourquoi je suis particulièrement heureuse, en tant qu’éditrice, d’accompagner des femmes et aussi des hommes qui s’engagent à travers leurs plumes.

Pouvez-vous citer quelques auteurs engagés que vous accompagnez ?

Oui, avec beaucoup de fierté. Je pense à Émilie Tapé, connue également sous le nom de Tingbo, dont les œuvres interrogent les réalités sociales avec sensibilité et courage. Notamment "Confessions sans curé" et "Meurtre d'intérêt général" qui abordent des thématiques sociétales fortes. Je pense également à Bernadette Kouakou, à travers son ouvrage "Impact obsessionnel".

Et je tiens également à mentionner des hommes dont l'auteur Djibi N'Goran alias Gabeti avec son œuvre "La Fille de l'eau". A lui s’ajoute l'auteur Hiéla Ouattara, qui porte la voix des femmes avec "Quand une fille choisit", sa première œuvre qui sera en librairie très bientôt.

Quel regard portez-vous sur l’engagement des hommes dans cette dynamique ?

Il est essentiel. La lutte pour l’équilibre des genres ne peut pas être portée uniquement par les femmes. Lorsque des hommes s’impliquent, écrivent, prennent position et soutiennent ces causes, cela renforce le message et crée un dialogue plus inclusif. Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, nous voyons émerger une génération d’auteurs conscients des enjeux d’équité. C’est encourageant.

Certaines voix estiment que la popularité du pagne du 8 mars fait perdre à la Journée internationale des droits des femmes son caractère militant. Partagez-vous cet avis et en quoi le pagne a-t-il transformé la portée de cette journée ?

Je comprends cette perception. Au premier regard, on peut avoir l’impression que l’aspect vestimentaire a pris le dessus sur la mémoire des luttes et sur l’hommage rendu aux pionnières. Pourtant, si l’on regarde de plus près, la dynamique est plus nuancée. Avant l’engouement autour du pagne, la commémoration du 8 mars se limitait souvent à des conférences, des panels ou des rencontres institutionnelles. Ces espaces étaient importants, mais ils rassemblaient surtout des femmes instruites et urbaines. En réalité, la journée restait assez élitiste, et beaucoup de femmes, notamment en milieu rural ou peu scolarisées, ne percevaient pas toujours les enjeux de cette date.

L’introduction du pagne a changé cette dynamique. Il a contribué à créer un véritable mouvement de masse et à rendre la journée visible dans l’espace public. Lorsqu’une femme porte le pagne du 8 mars, elle sait qu’il existe une journée dédiée aux droits des femmes. C’est déjà une forme de prise de conscience. Bien sûr, certaines s’arrêtent au symbole. Mais ce symbole devient aussi un point de ralliement. Dans les villages comme dans les quartiers, des femmes plus informées profitent souvent de cette mobilisation pour expliquer le sens de la journée : pourquoi elle existe, ce qu’elle commémore et quels droits restent encore à défendre.

Ainsi, le pagne peut être perçu non pas comme une dilution du message militant, mais comme un outil populaire de sensibilisation et de mobilisation.

Quel rôle jouent les femmes entrepreneures dans cette évolution ?

Nous faisons notre part. En tant que femmes entrepreneures dans le secteur du livre, nous créons des espaces d’expression, nous accompagnons des voix, nous facilitons la diffusion des messages. Chaque œuvre publiée est une contribution. Chaque auteur engagé est une pierre ajoutée à l’édifice. Le changement est progressif, mais il est réel.

Quel est votre mot de fin ?

Je souhaite qu’à l’image de nos aînées, dont les luttes courageuses ont ouvert la voie et amélioré la qualité de vie des générations d'aujourd'hui; à l’instar de la ministre Constance Yaï, nous sachions, à notre tour, relever les nouveaux défis de notre époque. Puissent nos choix et nos engagements d’aujourd’hui contribuer à offrir à nos filles et à nos petites-filles une vie encore plus épanouie, plus juste et plus belle.

Par Raphael Okaingni

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