Interview/ Kanga Maïva Togba, auteure de ‘‘AUTISTE ET UNIQUE Une journée à la maison’': «Chaque enfant Autiste a un fonctionnement qui lui est propre»

Kanga Maïva Togba est éducatrice spécialisée, diplômée d’État et formée à l’autisme. Après des études de droit et une expérience dans l’audiovisuel, elle se consacre depuis 2020 à l’accompagnement d’enfants et d’adolescents présentant un trouble du spectre de l’autisme, tout en soutenant leurs familles avec bienveillance. ‘‘AUTISTE ET UNIQUE Une journée à la maison’’, parue début janvier 2026 chez Les Éditions Plumes de Maât, dirigée par Mme KOUAKOU VIVIANE Épse MONTÉOMO, l’œuvre sera disponible en librairie dès le lundi 26 janvier 2026. Dans cette interview l’auteure donne le secret pour une relation familiale épanouie avec un enfant autiste. Inspirée par des modèles de formation et de prise en charge observés ailleurs, elle a décidé de partager ces connaissances à travers le livre, pour informer, sensibiliser et soutenir les familles.

Dès le réveil, que nous disent les premiers comportements d’un enfant autiste sur son état émotionnel ?

Une des particularités de l’autisme est la difficulté à gérer et à exprimer les émotions. Chaque enfant a un fonctionnement qui lui est propre. Les comportements peuvent traduire les émotions qui le traversent. S’ils sont repérés et compris, ces comportements peuvent servir d’indicateurs pour guider les parents afin de répondre aux besoins spécifiques de l’enfant à ce moment précis.

Comment les parents peuvent-ils transformer ce moment souvent tendu en début de journée apaisé ?

La phase de réveil, qui marque le début de la journée, peut s’inscrire dans une routine adaptée au rythme de la famille. Un rituel matinal sans surcharge émotionnelle facilite la transition vers les autres activités de la journée. Par exemple, si l’enfant a besoin de s’étirer dans son lit pendant quinze minutes, il est utile de le réveiller quinze minutes plus tôt afin de respecter ce besoin avant d’entamer les exigences du quotidien. Supprimer cette étape peut provoquer une crise qui risque de perturber l’ensemble de la journée.

La planification de la journée d’un enfant autiste est-elle importante ?

Un enfant autiste a parfois des difficultés à se repérer dans le temps. La notion du temps qui passe est perçue différemment. C’est pourquoi il a besoin de prévisibilité et de cohérence. Structurer la journée permet à l’enfant de mieux comprendre ce que l’on attend de lui et le sens de ses activités.

Que faire lorsqu’un imprévu vient bouleverser cette organisation ?

Dans la mesure du possible, la meilleure attitude consiste à anticiper les événements susceptibles de perturber les repères de l’enfant. En cas d’imprévu, il est important de s’adapter à la situation tout en rassurant l’enfant. L’adulte peut proposer des alternatives à l’intention de départ pour sortir du flou et aider l’enfant à se réorganiser. Un imprévu est certes problématique mais sa survenue peut avoir un effet positif : il permet à l’enfant de travailler sa résistance au changement et de développer sa flexibilité.

Comment poser des règles claires à un enfant autiste sans provoquer de crise ?

Poser un cadre à un enfant autiste passe par la communication. L’enfant peut être verbal ou non-verbal. Dans les deux cas une communication adaptée et fonctionnelle facilite le traitement de l’information et une meilleure compréhension des attentes et des règles qu’on formule. Pour certains, la parole suffit. Pour d’autres, l’utilisation de supports visuels et des gestes sont nécessaires. Pour être efficaces et accessibles, les règles doivent rester simples courtes et précises.

En quoi la cohérence des adultes est-elle déterminante dans son comportement ?

Les enfants autistes ont besoin de repères stables pour réguler leurs émotions et leurs comportements. Ils peuvent s’appuyer sur l’adulte comme point de référence dans certains contextes non structurés et qui manque de clarté. La responsabilité de l’adulte est de mettre en place autour de l’enfant un cadre sécurisant, stable, prévisible et régulier, en adoptant une posture et des actions cohérentes.

Comment favoriser son autonomie sans le mettre en échec ?

L’autonomie passe par la prise de risque et l’expérience. Les situations d’échec font partie de l’apprentissage. Ceci est valable pour tous les enfants. Pour favoriser l’autonomie d’un enfant autiste, il est essentiel de prendre en compte ses particularités sensorielles et ses difficultés. Ces aspects peuvent représenter des obstacles à la réalisation de certains gestes de la vie quotidienne. Une fois ces freins identifiés, il convient d’évaluer ses capacités et d’accompagner l’enfant dans la réalisation des actes comme la douche, le brossage des dents, l’habillage ou la propreté. L’objectif est de le mettre en situation de réussite afin qu’il puisse intégrer progressivement ces apprentissages et monter en autonomie.

Pourquoi certains enfants autistes semblent-ils ignorer le danger ?

Les enfants autistes présentent des particularités qui influencent leur perception du monde. Certains peuvent ne pas être pleinement conscients de leur environnement, d’autres ne ressentent pas leur corps et ignorent leurs limites, et certains ne ressentent pas la douleur. Leur cerveau fonctionne différemment. Ces particularités sensorielles font qu’ils n’appréhendent pas le danger de la même manière qu’un enfant non autiste. Par exemple, un enfant qui ne perçoit ni la chaleur, ni le froid, ni la douleur peut plonger sa main dans de l’eau bouillante, sans que cela ne déclenche d’alerte. Il est alors incapable de prévoir les conséquences de son action. À la maison ou ailleurs, le danger est partout : il faut rester vigilant tout en évitant la surprotection.

Comment intervenir pour les protéger sans aggraver la situation ?

Il s’agit d’agir avec bon sens, en adoptant les gestes et réflexes adaptés, comme on le ferait pour un enfant non autiste. Par exemple : éloigner toute source réelle de danger, aménager l’environnement pour que l’enfant puisse se déplacer en toute sécurité, enseigner les règles d’interdiction dans les situations à risque et, intervenir rapidement en cas d’accident pour en limiter les conséquences.

Quels gestes ou rituels aident réellement à l’apaiser avant le coucher ?

Les rituels pour apaiser l’enfant au moment du coucher doivent être personnalisés en fonction de ce qui lui procure un bien-être. Ce qui aide un enfant à s’endormir peut ne pas être efficace pour un autre. Il est donc important d’expérimenter différentes approches, de proposer plusieurs ambiances et de retenir celles qui favorisent l’endormissement. Il faut se laisser guider en s’ajustant aux réactions de l’enfant.

Comment les parents vivent-ils cette vigilance permanente au quotidien ?

On n’éduque pas un enfant autiste de la même manière qu’un enfant non autiste. Ses besoins spécifiques et ses particularités, qui évoluent tout au long de sa vie, peuvent être source de stress pour les parents. Selon le degré de sévérité de l’autisme, les familles et l’entourage doivent mobiliser des ressources et développer des stratégies pour adapter la vie de l’enfant à son environnement. La vigilance constante n’est qu’un des nombreux défis que rencontrent les parents au quotidien.

Quel soutien la société et les institutions doivent-elles leur apporter ?

La première étape consiste à mieux comprendre l’autisme afin d’adapter les réponses aux besoins réels des familles et des personnes concernées. Le terme TSA (Troubles du Spectre de l’Autisme) rappelle qu’il existe une grande diversité de profils et de façon d’être autiste. Chaque enfant est unique. Reconnaître cette diversité permet d’adopter une vision plus large, plus humaine et plus vivante de l’autisme. Il est donc essentiel d’en parler, de sensibiliser la population, de former les professionnels et de proposer des prises en charge de qualité adaptées à chaque situation. Offrir à ces enfants, souvent perçus comme ‘’différents’’, un environnement bienveillant et sans exclusion contribue à leur bon développement.

Pensez-vous qu'il y a suffisamment d'efforts fournis par les gouvernements, en ce qui concerne la prise en charge sociale, scolaire et éducative des enfants autistes ?

En Côte d’Ivoire, l’autisme reste encore peu connu. Malgré les initiatives des ONG, du secteur privé et les efforts de l’État, l’accompagnement demeure insuffisant. Lorsqu’un enfant est diagnostiqué, les parents se retrouvent souvent démunis, sans information ni repères. La population, dans son ensemble, est peu outillée face à cette réalité. Grâce au travail des ONG, la sensibilisation progresse, mais les besoins restent immenses. C’est à partir de ce constat que nous avons choisi de nous engager, pour partager les modèles de formation et de prise en charge observés ailleurs, à travers ce livre, pour informer, sensibiliser et soutenir les familles.

Par Raphael Okaingni

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